Enseigner le tournage

Quand je ne suis pas le nez dans ma barbotine, méditant au sens de la vie, j’anime des séances découvertes du tour de potier et des stages pour débutants et confirmés.

J’adore enseigner le tour et ma façon de faire est venue très naturellement dès la première séance en janvier 2023. J’avais juste noté 5 conseils sur un bout de papier et j’étais partie pour 2h30 d’improvisation totale.

Au fil des semaines, séance après séance, j’ai pu observer les conséquences de chacune des modifications que j’apportais à mon discours, à mes gestes, à mes explications. J’ai tenté différentes façons de montrer. J’ai aussi ajouté de plus en plus de paroles imagées : la motte de terre est un igloo puis une obélisque. Ensuite on la regarde du dessus et on l’imagine en pizza qu’on va couper en 4 parts après l’avoir imaginé en horloge pour poser nos mains à 8h et 4h. A force de chosifier l’argile, si ça se trouve j’en perds mes élèves : qu’ont-ils devant les yeux : un igloo, un volcan, une obélisque, une ogive, une horloge, une pizza, un donut, un gros cendrier bien dodu? Les pauvres, je ne suis peut-être pas facile à suivre.

Récemment j’ai introduit Didier et Gaspard après avoir vu plusieurs élèves mélanger les mains gauche et droite une fois qu’ils étaient seuls devant leur tour. Il me fallait un nom pour l’index de la main droite. Ça aurait pu être Darmanin mais j’aspire à garder le p’tit nom de mon index droit quelques dizaines d’années et à maintenir tout le monde de bonne humeur alors il s’appelle Didier. L’index de la main gauche s’appelle Gaspard. Depuis qu’on creuse la motte de terre (qui a une forme d’igloo mais qu’on va transformer en volcan auvergnat) avec l’oreille droite de Didier pendant que Gaspard et ses potes l’aident en appuyant sur son oreille gauche, tout est plus stable sur les 6 tours de mes élèves. Magique!

En 2023, j’ai fait le topo de démarrage avec toutes les explications exactement 37 fois. 25 séances découvertes, 3 démarrages de trimestre, 5 weekends, 4 stages semaine. A ce rythme, c’est chouette de pouvoir perfectionner la méthode.

Mais ça reste compliqué de transmettre le tournage en 1 séance de 2h30. Je me pose toujours la question de la pertinence de ma méthode. Est-ce que je vais trop loin dans mes explications? Faudrait-il les laisser davantage galérer ou improviser tous seuls? Comment mettre en confiance les personnes bloquées qui caressent délicatement la terre sans l’attaquer franchement?

Il faut que je trouve le bon dosage entre transmission des bons gestes et plaisir. J’ai tendance à former tout le monde comme s’ils allaient devenir pro un jour ( ¿ Quien sabé? me dis-je) alors que la plupart ne retenteront pas l’expérience. J’ai quand-même l’impression que tout le monde a du plaisir, c’est l’essentiel, c’est l’objectif.

mon pense-bête rédigé fin janvier 2023
Didier et Gaspard.
A l’époque de cette vieille photo de janvier, je creusais avec le visage de Didier. Maintenant je creuse avec l’oreille sinon les élèves plient le doigts et font n’importe quoi.
Popo les bons tuyaux





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